La société des princes : un nouveau grand-duc de Toscane


The following extracts from a letter from Sir Horace Mann to Horace Walpole, 3 January 1766.

« By the last post I received my credentials, and I presented them yesterday without any éclat or any of those ceremonies that the late Emperor himself regulated for such occasions when he succeeded to this Duchy. ‘Ay! But,’ says Marshal Botta, ‘he was then nothing but Great Duke, which is [a] thing many degrees inferior to an Archduke, who is to be considered as equal to a King.’ ‘Well,’ we reply, ‘but the Great Duchess, his wife, was Archduchess, too, and she condescended to comply with that ceremonial.’ ‘Very true,’ says the Marshal, ‘but an Archduchess becomes nothing by marrying a Great Duke, and as a proof of it she gave him the right hand in her coach. But notwithstanding these convincing arguments, the King [George III] was not pleased with the fratellanza of the Great Duke’s letter to him, as the styles differ too much from that which his father used (‘To be sure,’ says the Marshal, ‘for he was only Great Duke’) and all the Great Dukes, his predecessors, none of whim ever called a King of England brother, or Signore mio fratello e cugino, as the present Great Duke has done, for which they had a great mind to send back his letter, but upon the supposition that the Marshal had not informed him of what was proper, and in hopes that he will correct the mistake in future, it was passed over this time, and a very kind answer, as they supposed, was made to it. But as they both procced from different principles, I am persuaded that if we had not been the first to complain, they would, as there was nothing archducal in it, or more than his father or any common Great Duke might have expected. The Marshal has drawn him into all these scrapes. England is not the only Court that has complained. Rome is dissatisfied, but for the same reason of personal attention (and nobody can suppose that they have consulted together) has likewise passed it over for this once. Turin waits to see how the Court of England will take it, and intended to regulate himself by their example. Parma literally sent back the Great Duke’s letter, as it refused him the denomination of Duke of Parma (though he is nothing else) upon a supposition that the Court of Vienna, having had a mind to that Duchy, had not acknowledged his title to it. But this mistake was removed and all the difficulties attending it by M. du Tillot’s [Parmesan finance minister] sending hither the cover of the last letter which the Empress had wrote to his master. It is whispered that the republic of Genoa, too, has not accepted their letter, but if it be so, pains are taken to conceal it. »

Les extraits suivants d’une lettre de Sir Horace Mann à Horace Walpole, 3 janvier 1766.

« J’ai reçu mes lettres de créance par le dernier courrier, et je les ai présentées hier sans aucun éclat ni aucune de ces cérémonies que feu l’empereur lui-même a réglées pour de telles occasions lorsqu’il a succédé à ce duché. Oui ! Mais, dit le maréchal Botta, il n’était alors que grand-duc, ce qui est bien inférieur à un archiduc, qui doit être considéré comme l’égal d’un roi. Nous répondons que la grande duchesse, son épouse, était également archiduchesse et qu’elle a daigné se plier à ce cérémonial. C’est vrai, dit le maréchal, mais une archiduchesse ne devient rien en épousant un grand duc, et pour le prouver, elle lui a donné la main droite dans son carrosse. Malgré ces arguments convaincants, le roi [George III] n’était pas satisfait de la fratellanza de la lettre que lui adressait le Grand-Duc, car les styles différaient trop de celui utilisé par son père (« Pour sûr », dit le maréchal, « car il n’était que Grand-Duc ») et par tous les Grands-Ducs, ses prédécesseurs, dont aucun n’a jamais appelé un roi d’Angleterre « frère », ou Signore mio fratello e cugino, comme l’a fait le Grand-Duc actuel, ce pourquoi ils avaient l’intention de renvoyer sa lettre, mais en supposant que le Maréchal ne l’avait pas informé de ce qui était approprié, et dans l’espoir qu’il corrigerait l’erreur à l’avenir, elle a été passée cette fois-ci, et une réponse très aimable, comme ils le supposaient, a été faite à cette lettre. Mais comme ils partaient tous deux de principes différents, je suis persuadé que si nous n’avions pas été les premiers à nous plaindre, ils le feraient, car il n’y avait rien d’archiducal là-dedans, ni rien de plus que ce que son père ou n’importe quel Grand-Duc ordinaire aurait pu attendre. Le maréchal l’a entraîné dans tous ces démêlés. L’Angleterre n’est pas la seule Cour à s’être plainte. Rome n’est pas satisfaite, mais pour la même raison d’attention personnelle (et personne ne peut supposer qu’ils se sont consultés) a également passé outre pour cette fois. Turin attend de voir comment la Cour d’Angleterre prendra la chose, et a l’intention de se régler sur leur exemple. Parme a littéralement renvoyé la lettre du Grand-Duc, car elle lui refusait la dénomination de Duc de Parme (bien qu’il ne soit rien d’autre) sur la supposition que la Cour de Vienne, ayant eu l’esprit de ce duché, n’avait pas reconnu son titre à ce duché. Mais cette erreur a été levée, ainsi que toutes les difficultés qui l’accompagnaient, par l’envoi par M. du Tillot [ministre des finances de Parme] de la couverture de la dernière lettre que l’impératrice avait écrite à son maître. On murmure que la république de Gênes n’a pas non plus accepté leur lettre, mais s’il en est ainsi, on s’efforce de le cacher.

Contexte

https://de.wikipedia.org/wiki/Leopold_II._(HRR)

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%C3%A9opold_II_(empereur_du_Saint-Empire)

À la mort de son frère Charles-Joseph, en 1761, il est décidé qu’il succède à son père comme grand-duc de Toscane, grand-duché qui est érigé en « secundogéniture », c’est-à-dire en apanage pour le deuxième fils. Cette disposition est la condition de son mariage, le 5 août 1765, avec Marie-Louise, fille de Charles III d’Espagne et de Marie-Amélie de Saxe. Son père, l’empereur François Ier meurt à Innsbruck pendant les festivités qui accompagnent ses noces, le 18 août 1765, et il lui succède en tant que grand-duc de Toscane.

Pour mettre fin à la guerre de Succession de Pologne, qui a commencé en 1733, l’empereur Charles VI, répondant à la demande du cardinal de Fleury, accepte d’accorder une compensation au vaincu, Stanislas Leszczyński, beau-père de Louis XV, en lui remettant les duchés de Lorraine et de Bar, lesquels, à la mort de l’ex-roi de Pologne, deviendront français.

En échange de la perte de ces duchés, sur lesquels sa famille régnait depuis sept cents ans, François se voit offrir le grand-duché de Toscane, proposition qu’il finit par accepter — à contrecœur — malgré les objurgations de sa mère et de son frère, Charles-Alexandre, et au grand dam de ses sujets lorrains. Cet échange territorial, négocié en secret dès 1735 (accord préliminaire de novembre 1735) et effectif en 1737, est formalisé par le traité de Vienne (1738).

Pour le Roi d’Angleterre en 1738, le grand-duc François II de Toscane, ex-duc François III de Lorraine et de Bar reste un prince de seconde zone. En 1745, il devient Empereur du Saint-Empire et son épouse Marie-Thérèse, « roi » de Hongrie. Leurs enfants sont archiducs d’Autriche. Ce dernier titre est considéré comme royal par le Roi George III.

Donc Léopold, considéré comme égal par sa naissance, ne l’est plus comme grand-duc de Toscane. Ce qui montre que c’est la titre actuel porté qui gère la société des princes.

En 1790, Léopold devient empereur du Saint-Empire et ainsi retrouvait la prééminence liée au titre impérial.

On peut voir ici que la société des princes est un cercle dans lequel les nouveaux arrivés doivent être admis comme le nouveau grand-duc de Toscane. Ce sont toujours les monarques régnants qui fixent les règles même vis-à-vis d’anciennes familles régnantes. De nos jours, c’est cette sociabilité qui maintient un certain lustre malgré que le temps et l’adaptation à un monde où ils ne sont plus que des vestiges érodent lentement mais surement ces familles régnantes. Leurs titres royaux disparus les agrègent-ils automatiquement à la noblesse de leur pays ?